Histoire résumée des Vosges

mardi 16 février 2010
par jeanpaul
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 DANS L’ANTIQUITE « Des origines au 4e siècle, après J.-C. »

Dans l’antiquité, la contrée vosgienne a été occupée successivement par les hommes préhistoriques (âge de la Pierre, du Bronze, du Fer), par des envahisseurs ligures, par des Celtes et des Belges Leuques), et enfin par des Romains.

Temps préhistoriques et protohistoriques

La vie de nos ancêtres préhistoriques nous est connue, très imparfaitement, d’ailleurs, parleurs sépultures ,où les archéologues ont retrouvé : des armes, des outils (d’abord en pierre éclatée, puis en pierre polie), et des poteries grossières, façonnées à la main dans une pâte noire ou rougeâtre, mal cuites et peu, résistantes. Ces hommes vivaient surtout de pêche et de chasse ; ils se groupaient en villages, établis le plus souvent dans des cavités naturelles, sur le penchant des côtes et auprès des sources. Les morts étaient enterrés dans des grottes ou des fosses couvertes. Quelques menhirs semblent dater de cette époque : la pierre Kerlinkin, près de Remiremont, la Pierre-Borne, au Nord-Ouest de Raon-l’Etape.

Plus tard, nos ancêtres connurent et utilisèrent le bronze, dont l’apparition , coïncide vraisemblablement, avec l’arrivée d’un peuple venu de l’Est : les Ligures. Ceux-ci auraient donné leurs noms à plusieurs cours d’eau, la Meuse, par exemple.

A l’âge du bronze succéda celui du fer, métal apporté sans doute par de nouveaux envahisseurs, les Celtes ou Gaulois. Alors l’industrie se développe ; les cadavres sont inhumés sous des tumulus.

Des villages ou stations de cette période ont été découverts à Sauville, Vittel, Dombrot-sur-Vair, Bouzemont, etc. ; on à même déblayé les ruines d’enceintes fortifiées dans un but de défense : le Châtelet de Bonneval à Thuillières, le Camp de Repy à Raon-l’Etape.

Au 3e siècle avant J.C., les Belges, frères des Celtes, conquirent notre pays et s’y établirent,Si la tribu des Médiomatriques ne dépassa pas le Donon vers le Sud, celle des Leuques, par contre, s’étendit sur la région limitée par les Vosges à l’Est, le pays des Séquanes à l’ouest, la vallée de la Saône au Sud. Sa capitale était Toul (Tullum) ; ses villes essentielles, Naix (Nasium) et Soulosse (Solimariaca). Les Leuques frappaient des monnaies d’or, d’argent et de bronze, savaient cultiver le sol, parlaient un dialecte celtique. leurs dieux s’appelaient Teutatès, Taran, Belen (le Soleil) ; les prêtres étaient des druides il existe au Donon des traces du culte druidique (A la veille de la Révolution, l’actuel département des Vosges est parfois désigné sous le nom de « pays des leuquois ».)

La Conquête et l’occupation romaines

Le manque d’entente entre les diverses tribus belges et les abondantes ressources du pays vosgien attirèrent, aux 1er et 2e siècles de notre ère, des invasions germaines dans les vallées de la Meurthe et de la Moselle ; ces invasions auraient laissé des traces dans les noms de certaines communes : Wissembach, Gemaingoutte, Robache, Hurbache.

Pour se défendre, Les Leuques firent appel aux romains et fournirent même du blé, à César.Mais les Romains victorieux devenaient un danger pour l’indépendance gauloise, et de nombreuses tribus refusèrent de reconnaître leur autorité. Celle des Leuques, préférant la domination romaine au joug germain ne soutint pas Vercingétorix ; quand le soulèvement dirigé par celui-ci eut été écrasé la Gaule devint une province romaine.

Soldats et fonctionnaires de Rome introduisirent leur religion, leur langue (un latin corrompu qui relégua le celtique au rang de patois), et leur civilisation. Ils défrichèrent partiellement les immenses forêt, desséchèrent des marécages, exploitèrent des puits salants (Moyenmoutier) et donnèrent à l’agriculture et au commerce une impulsion considérable. Les esclaves cultivaient les biens, des riches propriétaires dont les métairies seront les noyaux de villages nouveaux (ceux qui portent des noms terminés en « ville », « villers », « court » ou « ménil » A l’ouest, de grandes cités : Naix (aujourd’hui département de la meuse) , Soulosse, et surtout Grand (Andesina), s’ornaient d’arcs de triomphe, de bains publics, de riches habitations privées, parfois d’amphithéâtres ; des routes militaires ; dont la solidité a défié des siècles, les reliaient entre elles : l’une d’elles joignait Lyon à Cologne par Soulosse et Toul L’aristocratie fréquentait des stations thermales de Grand, Bains et Plombières. Toutefois, la montagne n’avait encore que de rares habitations et d’immenses forêts la couvraient presque en totalité.

C’est sous la domination romaine que, non sans difficulté, le christianisme s’est implanté dans la région aux dépens du paganisme. Dès le 4é siècle, Toul devint la métropole religieuse.Des persécutions ensanglantèrent les premiers progrès de la doctrine nouvelle :Saint Euchaire, évêque de Grand, et ses parents ou compagnons (Ste Libaire et St Elophe )ont été martyrisés vers 360, sous l’empereur Julien l’Apostat.

  AU MOYEN - AGE (du 4e au 15e siècle)

Après les invasions barbares, qui ruinèrent en partie l’œuvre des Romains, la région vosgienne subit d’abord la domination franque (496 à 925), puis la domination allemande (925 à 1270) et finalement se rapprocha de la France (fin du 13e, 14e, et début du 15e siècle).

La domination franque (496-925)

Les grandes invasions barbares des 4e et 5e siècles (Francs, Alamans, Vandales, Alains,Huns), causèrent de cruels dommages à notre pays : Grand et Soulosse furent en partie détruites ; la vie économique se ralentit ; l’anarchie régna partout. Après 496, toute la région reconnut l’autorité du roi franc Clovis ; de 511 à 751, elle fut englobée dans l’Austrasie mérovingienne, immense territoire ayant Metz pour capitale. Parmi ses souverains on compte Thierry Ier, Clotaire Ier, Brunehaut, Dagobert Ier, saint Sigisbert, etc. Peu à peu, les Francs vainqueurs et les Gallo-Romains vaincus se fondirent en un seul peuple.

Les premiers Carolingiens semblent avoir eu pour la région vosgienne une prédilection marquée : leur famille n’était-elle pas d’origine messine ? Charlemagne vint fréquemment chasser le sanglier dans nos forêt ou pêcher dans nos rivières et dans nos lacs ; il résidait de préférence à Remiremont, à Bruyères, à Champ le Duc ; on voit encore une « pierre de Charlemagne » près de Gérardmer, et une fontaine « de Charlemagne » au flanc du Hohneck.

Les fils de Louis le Pieux, par le traité de Verdun de 843, firent entrer notre région dans la Lotharingie, sorte d’état -tampon créé entre la Germanie et la France, exposé aux luttes de ces deux nations, difficile à défendre contre les envahisseurs (en 917, les Hongrois, les Ogres, assiégèrent Remiremont et ruinèrent le voisinage).

Cependant des moines tentaient de réparer les maux causés par les envahisseurs ou par la faiblesse des derniers Carolingiens. L’Irlandais Colomban, d’abord établi au pied des Vosges,fonda en 590 le monastère de Luxeuil ; Saint Amatus, et un disciple de Colomban, saint Romary, bâtirent deux abbayes sur le Saint-Mont, à Habendum (origine de Remiremont) ; Deodatus ou Desiderius éleva au confluent (« Jointures ») de la Meurthe et de plusieurs ruisseaux, le monastère de Galilée (origine de Saint-Dié). Au cours des 7e et 8e siècles, se fondèrent les abbayes de Senones, Bonmoutier, Moyenmoutier, Etival. Presque tout le clergé régulier continua l’œuvre de défrichement commencée par les Romains, traça des routes, cultiva le sol, groupa des colons en villages. Mais le renouveau de prospérité amena dans certaines maisons religieuses une corruption telle qu’une réforme devint bientôt nécessaire.

La domination allemande (925-1270)

De 925 à 1270, la Lorraine tout entière fut rattachée à la Francie orientale, c’est-à-dire à l’Allemagne. et gouvernée par des ducs vassaux des rois d’Allemagne. En 959, l’un d’eux, Brunon, la divisa en Basse Lorraine et en haute Lorraine ou Mosellane, notre région entra dans ce dernier duché (que la Maison dite d’Alsace reçut en 1047 et qu’elle garda durant près de 700 ans (jusqu’en 1737). Le premier duc de la Maison d’Alsace fut Adalbert ; le second GÉRARD (1048-1070), qui dut lutter contre ses vassaux trop puissants et contre le duc de Basse Lorraine Sa capitale était Châtenois ; il construisit un camp retranché près de Jarménil,visita Gérardmer (à laquelle il aurait donné son nom) et mourut empoisonné à Remiremont, en 1070.

Après cette date et pendant une cinquantaine d’années, de nouveaux malheurs s’abattirent sur nos campagnes : hivers excessifs, tempêtes de grêle, famines, luttes entre France et Allemagne… Etival Saint-Dié, Senones, Neufchâteau, furent pillées et partiellement incendiées par des seigneurs brigands ou par des gens de guerre. Cependant, d’une façon générale, les bourgeois et les artisans des villes souffrirent moins que les paysans libres ou non libres ; au cours des 10e et 11e siècles, Remiremont, Epinal, Saint-Dié, Bruyères, Mirecourt, Châtel, se fortifièrent et crûrent en importance. Puis au 13e siècle, le mouvement communale gagna la Lorraine Neufchâteau, ville industrielle (drapiers), reçut la première, en 1231, une charte qui lui octroyait le droit d’élire, au 1er octobre, de chaque année, douze jurés et un maire pour l’administrer, juger en dernier ressort les procès entre habitants, veiller à la sécurité des bourgeois et à la sauvegarde de leurs biens. Châtenois, Bruyères, Dompaire, obtinrent ensuite des chartes imitées de celle qu’accorda en 1182 un archevêque de Reims aux habitants de Beaumont-en-Argonne.

L’activité religieuse ne se ralentit pas : des ermitages , des prieurés, des abbayes (chanoinesses d’Epinal, de Poussay) furent fondés aux 10e et 11e siècles. L’évêque de Toul, Brunon de Dagsbourg, devenu le pape Léon IX, réforma les monastères corrompus. De nombreuses églises s’élevèrent, (le style roman (10e au 12e siècle : Attigny, Champ-le-Duc), de style ogival ou de style mixte (à partir du 13e siècle : cathédrale de Saint-Dié ; Saint-Maurice, d’Epinal).

Les progrès de l’influence française (à partir de la fin du 13e siècle)

Vassaux du roi d’Allemagne pour leur duché et du roi de France pour Neufchâteau et quelques fiefs, les ducs de Lorraine commencèrent, à la fin du 13e siècle, à se rapprocher du second de ces suzerains. C’est pourquoi, pendant la Guerre de Cent Ans, de nombreux Vosgiens servirent, avec leurs ducs, sous la bannière des Valois. Notre pays ne put échapper aux ravages de la peste noire de 1350, ni à ceux des routiers ; les maux qu’il endura firent naître, dans le cœur d’une jeune paysanne de Domrémy, Jeanne- d’Arc (1412-1431) le désir de sauver la patrie française.

L’année même où le bûcher de Rouen consumait,. la plus pure héroïne de notre histoire, la Lorraine fut revendiquée par le duc de Bar René d’Anjou, et par le comte Antoine de Vaudémont . Celui-ci battit son rival de Bulgnéville, mais un arrangement à l’amiable réunit peu après les deux duchés de Lorraine et de Bar sous le sceptre unique des descendants de René d’Anjou.

 DANS LES TEMPS MODERNES de la 2e moitié du 15e siècle à la Révolution de 1789

Voici l’époque la plus tragique de notre histoire régionale : lutte contre Charles le Téméraire, guerre des Rustauds, guerre de Trente Ans, lutte avec Louis XIV, autant d’étapes cruelles qui ne prendront fin qu’au traité de Ryswick (1697). Le relèvement commencé à cette date se poursuivra lentement après 1766, c’est-à-dire après la réunion définitive avec la France

Les malheurs des 15e, 16e et 17e siècles

Le puissant duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, désireux de restaurer à son profit l’ancien royaume d’Austrasie, voulut d’abord s’assurer la possession de la Lorraine , qui séparait ses terres bourguignonnes de ses possessions dans les Pays-Bas. En 1475, ses troupes ravagèrent le duché ; alors le duc René II s’allia contre lui au roi de France Louis XI. Mais le Téméraire prit facilement Mirecourt, pilla Charmes (garnison massacrée), brûla Dompaire, assiégea et fit capituler Epinal, soumit Neufchâteau, Châtenois, Bulgnéville, Darney, Arches,Remiremont, Saint-Dié, Bruyères, Raon-l’Etape. Il installa un peu partout des garnisons : le laboureur Varin Doron, aidé d’une compagnie de lansquenets, parvint à capturer celle de Bruyères. Charles périt devant Nancy le 5 janvier 1477 ; délivrée du joug bourguignon, notre région allait connaître, aux siècles suivants, des calamités pires.

Ce fut d’abord la guerre des Rustauds (1520-1525) : ces paysans allemands, prêchant une réforme religieuse et sociale, se heurtèrent dans les Hautes-Vosges en mai 1525, à la courageuse défense des habitants et ne purent prendre Saint-Dié. Ce fut ensuite et surtout la guerre de trente ans (première moitié du 17e, siècle) ; le duc de Lorraine, Charles IV, ayant pactisé avec les ennemis de Richelieu, le pays vosgien fut ravagé par les Français et par leurs amis les Suédois ; châteaux et villages furent brûlés ; les villes d’Epinal, de Châtel, de Mirecourt…tour à tour prises, perdues et reprises par les belligérants souffrirent cruellement. De nombreux habitants périrent massacrés ou frappés par la peste, le typhus, la disette ; et les abbayes elles-mêmes ne furent pas épargnées. Le souvenir de cette terrible dévastation s’est perpétué jusqu’à nous. Le curé de Mattaincourt, Saint Pierre Fourrier, s’efforça, par son inépuisable charité, d’alléger les misères de ses compatriotes .

Rendue à son duc par le traité des Pyrénées (1659), la Lorraine subit bientôt une nouvelle occupation française, motivée par les intrigues de Charles IV avec les adversaire de Louis XIV : le maréchal de Créqui, véritable maître du pays, multiplia les exactions et les réquisitions ; s’étant emparé d’Epinal, le 26 septembre 1670, il envoya les défenseurs aux galères. Cette dernière ville ne compta bientôt plus guère qu’un millier d’habitants ; du reste la dépopulation était générale ,quand le traites de Ryswick (1697) consacra l’abandon par la France de sa conquête (une des clauses de la paix interdisait aux Lorrains de relever, les fortifications de leurs cités).

 L’EPOQUE CONTEMPORAINE (de 1789 à 1919 )

La Révolution ouvre pour notre département, comme pour toute la nation, une époque nouvelle. De 1789 à 1919, les Vosgiens vont toujours égaler et, en plusieurs circonstances, surpasser leurs compatriotes par leur courage civique, par leur belle attitude en face de nouvelles invasions, par leur dévouement à la patrie dans les travaux de la paix comme dans les sacrifies de la guerre.

Révolution et Premier Empire

Avant 1789, nos pères supportaient les mêmes charges arbitrairement réparties, les mêmes servitudes abusives que les autres Français (impôts en argent et en hommes payés au roi,grosses et menues dîmes dues au clergé, privilèges seigneuriaux, services administratifs tracassiers) ; aussi saluèrent-ils avec joie la réunion des Etats-Généraux. Leurs cahiers de doléances demandaient unanimement des réformes nationales et des réformes locales (surtout un remaniement des divisions administratives très compliquées). Les élections des députés aux Etats-Généraux se firent au bailliage de Mirecourt pour les neuf bailliages de la Vôge ; le bailliage de Lamarche vota à Bar-le-Duc. Les huit députés élus à Mirecourt étaient : de Toustain ,de Viray et Thibault de Menonville, pour la noblesse : Joseph-Nicolas Gallana, curé de Charmes et Louis Godefroy, curé de Nonville, pour le clergé ; Petitmengin, de Saint Dié, Chantraine de Mirecourt, Fricot de Remiremont, et Cherrier, de Neufchâteau, pour le tiers-état. Aucun d’eux ne devait jouer un rôle de premier plan.

Le 4 mars 1790, la Constituante décréta la division de la France en 83 départements ; celui des Vosges comprit 9 districts (Epinal, Saint Dié, Remiremont, Mirecourt, Neufchâteau, Bruyères, Darney, Rambervillers, Lamarche ; ces quatre derniers furent supprimés sous le Consulat ; d’autre part, Saint Dié, Remiremont et Neufchâteau s’appelèrent un temps Ormont, Libremont et Mouzon-Meuse.Dans les limites du département des Vosges entraient quelques communes du Barrois à l’Ouest, de la Franche-Comté au Sud ; en mars 1793, il s’accrut par l’annexion de la principauté de Salm, et, en 1795, par celle de Schirmeck et de plusieurs communes voisines. Epinal fut choisie comme chef-lieu ; Saint-Dié garda son évêché, et Mirecourt eut, de 1792 à 1800, le tribunal criminel.

De 1789 à 1814, la vie politique fut, dans les Vosges, moins fiévreuse qu’ailleurs : on explique généralement ce fait par le bon sens et la modération des habitants. Les événements contemporains eurent cependant leur contrecoup dans le département qui célébra dignement toutes les grandes fêtes révolutionnaires et accueillit avec enthousiasme la proclamation de la République (septembre 1792). Les élections de 1791 et de 1792 n’envoyèrent à la Législative et à la Convention que des hommes pondérés. Les trois plus connus sont François de Neufchâteau (1750-1828) originaire de Saffais (Meurthe). qui fut à deux reprises administrateur du département des Vosges, président de la Législative en 1791, député à la Convention où il ne siégea pas, directeur, sénateur et comte de l’empire, académicien ; Poulain-Grandprey, de Lignéville (17-54-1826), présidant de la Convention (il vota la mort de Louis XVI ,avec sursis), membre du Conseil des Cinq-Cents et de la Chambre des Cent-Jours ; enfin, Julien Souhait de Raon-l’Etape (1759-1842), avocat, maire de Saint-Dié député à la Convention (il vota la mort du roi avec sursis) et aux Cinq-Cents. Pendant la Terreur, le tribunal de Mirecourt ne prononça que dix condamnations à mort pour crimes politiques. La participation à la défense nationale passionna davantage les Vosgiens. en août 1791 ils organisèrent quatre bataillons de volontaires ; en juillet 1792, ils envoyèrent 6.400 hommes à la « Patrie en danger » au début de 1793, d’autres volontaires partirent encore aux armées. Le général Haxo d’Etival ; le futur maréchal Victor (Victor Perrin, de Lamarche), le général Humbert, de Saint,Nabord, étaient les dignes chefs de tels soldats. Un décret de la Législative (11 août 1792) et un de la Convention (27 mars 1793) proclamèrent que " le département des Vosges avait bien mérité de la Patrie « . » Nul pays, affirme l’historien Albert Vandal, n’avait été plus foulé et piétiné par les passages de troupes, soumis à de plus accablantes réquisitions en nature ; on lui avait enlevé périodiquement ses voitures, ses grains, ses fourrages ; les paysans en étaient réduits parfois à tuer leur bétail qu’ils n’avaient plus de quoi nourrir. On leur avait pris le nécessaire. ; ils trouvaient encore à donner, résignés et forts…" Dans le concours ouvert en 1800 par le Premier Consul entre tous les départements pour le paiement des contributions, c’est encore le nôtre qui arriva premier. Voilà pourquoi, à Paris, la Place Royale reçut le nom de Place des Vosges.

De nouvelles épreuves accablèrent les Vosges sous le gouvernement de Napoléon 1er,(impôts écrasants, levées d’hommes.,.) ; elles redoublèrent lorsque les invasions de 1814-1815 nous inondèrent de soldats alliés ; parmi ceux-ci, les Cosaques ont laissé une réputation justifiée de cruauté. Toutefois le gouverneur bavarois d’Armansberg se montra d’une bienveillance relative.

De 1815 à 1870

La Restauration des Bourbons n’eut dans les Vosges qu’une minorité de partisans. Si la Révolution de 1830 passa presque inaperçue, celle de 1848 rencontra plus d’écho ; la proclamation de la, 2e République ne souleva pas d’opposition. Les élections du 23 avril 1848 (suffrage universel et direct) envoyèrent à l’Assemblée Constituante des républicains modérés,sauf le Mirecurtien Louis Buffet ; celles du 13 mai 1849 (pour l’Assemblée Législative) furent beaucoup plus favorables à la droite. Entre temps, l’élection présidentielle (10 décembre 1848) donna 73.000 voix à Louis-Napoléon et 13.000 seulement au général Cavaignac. En novembre 1852, les Vosgiens se prononcèrent en majorité pour le rétablissement de l’Empire. Mais l’opposition à, ce régime grandit d’année en année.

La région lorraine tout, entière bénéficia après 1815 d’un merveilleux essor économique ; l’agriculture surtout abandonna ses traditions routinières pour appliquer les méthodes de Mathieu de Dombasle. L’industrie profita des progrès scientifiques et de la construction de voies ferrées (le premier tronçon fut inauguré le 24 juin 1857 entre Epinal et Nancy et prolongé, en 1863, jusqu’à Aillevillers).

Durant cette période quelques Vosgiens firent particulièrement honneur à leur petite patrie .le poète spinalien Pellet dit « le Barde des Vosges » (1782-1830) ; le médecin Etienne Pariset, de Grand (1770-1847) ; le miniaturiste Jacques Augustin, de Saint-Dié.

La Guerre de 1870-1871

La duplicité de Bismarck et le manque de sang-froid de Napoléon III provoquèrent la guerre de 1870. Nos premières défaites et l’approche des armées allemandes réveillèrent dans les cœurs le patriotisme de 1793 ; le préfet George et quelques officiers organisèrent la défense locale avec des gardes mobiles et des corps de francs-tireurs. Les combats de la Bourgonce (6 octobre), de Brouvelieures (11 octobre), la défense héroïque et sanglante de Rambervillers, par une centaine d’hommes contre deux régiments badois (6 octobre) n’influèrent pas sur le résultat final. La constitution dans la forêt de Boëne, près de Lamarche, du Camp de Vacheresse ou de la Délivrance (dont les 300 chasseurs harcelèrent sans relâche les détachements ennemis et firent sauter trop tard le pont, du chemin de fer à Fontenoy-sur-Moselle), fut comme une réponse aux cruautés des Bavarois et aux contributions dont ils accablèrent plusieurs communes.

Malgré tant d’efforts, le traité de Francfort-sur-le Mein (10 mai 1871) démembra le département, lui enlevant le canton de Schirmeck et la moitié du canton de Saales, dont l’autre moitié forma le canton de Provenchères-sur-Fave. L’énergie du colonel Laussedat, membre de la commission de délimitation de la frontière, conserva à la France les villages de Raon-sur-Plaine et de Raon-les-Leau.

De 1871 à 1914

La France se releva de ses désastres avec une étonnante rapidité. Evacué par l’armée d’occupation en 1873, notre département prit à ce relèvement une part notable dans tous les domaines de la vie économique (mais plus particulièrement dans l’industrie cotonnière), en même temps qu’il montait une garde vigilante sur la nouvelle frontière.

Il donnait en outre les plus illustres de ses enfants à la politique : Camille Krantz, Jules Méline, le « Père de l’agriculture française (né à Remiremont en 1838, mort en 1925), et surtout Jules Ferry à la littérature : Maurice Barrès (né à Charmes en 1862, mort en 1923, auteur de » Colette Baudoche « de la » Colline Inspirée « … ) ;René Perrout, d’Epinal (auteur de . romans de terroir) ;Ferdinand Brunot, de Saint-Dié, auteur d’une monumentale » Histoire de la langue française «  ; Maurice Pottecher, de Bussang, auteur de nombreux drames et créateur du » Théâtre du Peuple " ; aux beaux-arts : les paysagistes Claude Français, de Plombières, et Petitjean, de Neufchâteau, le pastelliste Gratia, de Rambervillers, le portraitiste Alphonse Monchablon, d’Avillers ; - à l’armée : les généraux Thomas, de Soulosse, et Tissier de Remiremont ; à la science : le docteur Villemin, de Prey, spécialisé dans la lutte contre la tuberculose, et les frères Renard, de Lamarche (ballons dirigeables, trains sur routes). Les Vosges occupaient donc une place d’honneur dans la grande famille française lorsque se produisit la catastrophe de 1914.

La Guerre de 1914-1918

La guerre déchaînée en août 1914 par la criminelle ambition de l’Allemagne a laissé dans notre département comme dans tout le Nord Est. de la France, de douloureuses traces. Au moment où fut décrétée la mobilisation générale (1er août), le 21e corps d’armée (créé en 1913, chef-lieu Epinal) couvrait, avec les 6e (Châlons), et 20e (Nancy) la frontière de l’Est. Les espoirs prématurés qu’avaient fait naître, durant les premières semaines, la prise des cols vosgiens et l’avance en Alsace, furent brutalement anéantis par la sanglante défaite de Morhange (20 août) et par le repli de nos troupes. Alors s’engagea la bataille pour la Trouée de Charmes-Bayon, que le Kronprinz de Bavière voulait s’ouvrir à tout prix, dans le but de tourner le gros des armées françaises. Ses attaques se brisèrent contre la résistance du corps de cavalerie Conneau et des fantassins ou chasseurs des 8e, 13e, et 16e, corps (25 août). Mais l’ennemi, renforcé, entra dans Saint-Dié , saisit des otages, refoula les 8e et 13e corps (armée Dubail) et arriva sur la Mortagne. Des combats épiques s’engagèrent (27 août -12 septembre) : au col de la Chipotte, " le 21e corps et la 44e, division soutinrent une lutte légendaire, au milieu de bois et de fougères, sans ravitaillement, les hommes se battant au corps à corps ou se mitraillant à bout portant derrière les arbres ou dans les petites tranchées couvertes de branchages ; 12.000 hommes dorment là leur dernier sommeil… " (Pierre DAUZET). Au Sud-Est, Mandray et le col des Journaux étaient perdus et repris. Le lendemain de la première victoire de la Marne, à laquelle ces faits d’armes ont grandement contribué, nous réoccupions Saint-Dié, Raon-l’Etape, Baccarat, toutes localités qui avaient beaucoup souffert.

A partir d’octobre 1914, le front se stabilise et la guerre de tranchées devient générale ;notre région ne joue plus, dans l’ensemble des opérations, qu’un rôle secondaire. Il faut noter,cependant, les combats acharnés qui se livrèrent, en juin 1915, au Ban-de-Sapt, à la Fontenelle, à la Chapelotte, et, de 1915 à 1918, sur certains sommets des Vosges : Lingekopf, Hartmannsueillerkopf…

La vallée supérieure de la Plaine resta occupée par les Allemands pendant les quatre années de guerre ; les habitants non rapatriés eurent à subir maintes vexations dans leurs personnes et dans leurs biens. En deçà du front, Saint-Dié, Epinal… connurent les bombardements meurtriers par avions ou par canons. Mais la foi des Vosgiens, dans le triomphe final ne faiblit pas un seul instant ; et c’est pour assurer ce triomphe que plus de15.000 d’entre eux sont tombés sur les champs de bataille L’Etat-major du Groupe des Armées de l’Est (Q. G. à Mirecourt) préparait en Lorraine l’offensive suprême lorsque l’armistice du 11 novembre 1918 mit fin aux hostilités et contraignit les Allemands à évacuer les territoires occupés. La paix de Versailles du 28 juin 1919 rendit à la France l’Alsace-Lorraine (donc les communes vosgiennes perdues en 1871). La grande Guerre avait détruit, dans une centaine de communes vosgiennes, plus de 2 000 immeubles et en avait endommagé plus de 7 000. Les seules industries textiles avaient perdu 180 000 broches sur 3 millions, et 9 00 métiers sur 68 000. Vaillamment, nos compatriotes se mirent en devoir, la paix revenue, de relever leurs ruines. Ainsi, comme après chacune des épreuves de leur longue et fière histoire, les Vosgiens se sont remis au travail avec ce courage et cette ténacité que raillent parfois les autres français, mais qui finissent toujours par forcer l’admiration.


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