Les malheurs de guerre de Trente Ans

mardi 16 février 2010
par jeanpaul
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Jacques Callot : Les grandes misères de la guerre -

L’arbre aux pendus (1633)

À la fin ces voleurs infâmes et perdus

Comme fruits malheureux à cet arbre pendus

Montrent bien que le crime horrible et noire engeance

Est lui-même instrument de honte et de vengeance

Et que c’est le destin des hommes vicieux

D’éprouver tôt ou tard la justice des cieux.

 La guerre de trente ans en Lorraine

1618 : Révolte des protestants de Bohême et début de la guerre de Trente ans,

1622 : Dévastation d’une partie de la Lorraine par les bandes d’Ernest de Mansfeld.

1624 : Décès du duc Henri II. Sa fille Nicole et son époux Charles de Vaudémont lui succèdent.

1625 : Charles de Vaudémont est seul duc sous le nom de Charles IV.

1629 : Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, se réfugie en Lorraine.

1631 : Sièges de Vic et de Moyenvic.

1632 : 3 janvier, Gaston d’Orléans épouse Marguerite de Vaudémont, sœur de Charles IV.

1632 : 6 janvier, Traité de Vic. Charles IV livre Marsal aux Français.

1632 : mai, Invasion de la Lorraine par les Français.

1632 : 26 juin, Traité de Liverdun. Charles IV doit céder Stenay, Dun, Jametz et Clermont à la France.

1633 : janvier, Création du Parlement de Metz.

1633 : 30 juillet, Le Parlement de Paris prononce la confiscation du Barrois pour défaut d’hommage.

1633 : 1er août, La Lorraine est envahie par les troupes françaises.

1633 : 26 août, Début du siège de Nancy.

1633 : 30 septembre, Traité de Charmes. Charles IV doit livrer Nancy et abdique.

1634 : février, Nicolas-François de Lorraine, évêque de Toul, épouse sa cousine C laude à Lunéville. De cette union ’naîtra le duc Charles V.

1634 : mai, Siège de Bitche.

1634 : 5 mars - 26 juillet, Premier siège de La Mothe.

1634 : 17 septembre, Création du Conseil souverain de Lorraine et Barrois.

1635 : 25 mars, Décès de Jacques Callot.

1635 : mai, Début de la guerre franco-espagnole.

1635 : Sièges de Boulay, Darney, Saint-Mihiel et Charmes.

1635 : novembre, Sac de Saint-Nicolas-de-Port.

1636 : Prise et sac de Briey par les Croates. Les Suédois prennent Fénétrange, Sarrebourg et Blâmont.

1637 : Campagne du maréchal de Châtillon dans la vallée de la Meuse. Sièges d’Yvoi-Carignan et de Damvillers

1638 : Les Français échouent devant Remiremont. Siège et incendie de Lunéville.

1639 : Piccolomini délivre Thionville assiégée par les Français du marquis de Feuquières mais doit renoncer au siège de Mouzon.

1639 : Prise et destruction d’Yvois-Carignan par les troupes du maréchal de Châtillon. Du Hallier assiège et prend le château de Moyen.

1639 : Saint Vincent de Paul en Lorraine.

1641 : Charles IV signe la Petite Paix avec la France mais elle est rompue en juillet. La Lorraine est aussitôt réoccupée ; siège d’Epinal.

1642 : été, Blocus de La Mothe. Victoire de Charles IV à Liffol-le-Grand.

1643 : La Ferté-Sénectère devient gouverneur de la Lorraine.

1643 : août, Condé s’empare de la place espagnole de Thionville.

1644 : décembre, Début, du second siège de La Mothe qui capitule le 1er juillet

1646 : Prise de Longwy après un siège d’une dizaine de jours.

1648 : Traités de Westphalie. La possession des Trois Evêchés est confirmée à la France.

1650 : Campagne de Ligniville en Lorraine.

1654 : 26 février, Charles IV est arrêté par les Espagnols et envoyé en captivité à Tolède.

1659 : 7 novembre, Paix des Pyrénées. Charles IV est remis en liberté. La France annexe une partie du Luxembourg avec Thionville, Damvillers, Montmédy et Yvois-Carignan.

1661 : février, Traité de Vincennes. Le duc revient à Nancy mais doit en raser les fortifications.

1662 : février, Traité de Montmartre : Charles IV cède ses états au roi de France ; les clauses ne seront pas exécutées.

1663 : 6 septembre, Charles IV effectue une rentrée triomphale à Nancy.

1670 : Seconde occupation de la Lorraine par les Français.

1675 : septembre, Mort de Charles IV.

1697 : Traité de Ryswick. La Lorraine retrouve son indépendance.

 Le relèvement et l’annexion à la France

Sous le duc Léopold (1697-1729), notre pays se releva petit à petit de ses malheurs. « On recommença à vivre » . L’agriculture, l’industrie et le commerce reçurent de précieux encouragements (apparition des premières verreries dans les Vosges).

En 1737, le dernier duc héréditaire, François III, abandonna la Lorraine et le Barrois pour la Toscane. C’est le beau-père du roi de France Louis XV - l’ancien roi de Pologne, Stanislas Leszczinski qui reçut ’ viagèrement’ les duchés, Stanislas fit bâtir des casernes à Epinal , aida pécuniairement à la reconstruction d’une rue de Saint Dié détruite le 27 juillet 1757 par un incendie, et visita souvent le pays Vosgien. Il ouvrit même quelques écoles primaires faible remède à l’ignorance profonde des populations. Si les villes se repeuplèrent, les campagnes pâtirent des épizooties fréquentes et aussi de certaines mesures vexatoires prises par l’intendant du roi, Chaumont de la Galaizière

A la mort de Stanislas (23 février 1766), la Lorraine et le Barrois furent réunis définitivement à la France (ministère de Choiseul) et reçurent d’abord pour gouverneur M. de Choiseul-Praslin.

  Les malheurs de la guerre de 30 ans (1618-1648)

Avant la guerre en 1600

La densité d’occupation en milieu rural est de 17 à 18 habitants par kilomètre carré ; les villages comptent en moyenne 150 à 200 habitants ; les 3/4 des villages du duché de Lorraine ont moins de 210/225 habitants ; le taux d’urbanisation est faible : avec les villes, le duché compte 22 habitants au km2. Le pays est donc relativement peu peuplé et peu urbanisé en comparaison avec la plupart des provinces françaises.

Nancy a 16 000 habitants en 1628 : Metz, 19 000 sans la garnison.

Après la guerre

La guerre de trente ans et surtout les épidémies de peste bubonique et de typhus, qui l’accompagnent, provoquent la plus grande catastrophe économique et démographique de l’histoire de la Lorraine. Les sources manquent pour l’examen du creux de la vague vers 1650-1655 ; elles permettent par contre de voir la situation en 1668, c’est-à-dire après le début du redécollage. La densité en milieu rural est passée de 17/18 à 7 habitants au km2 ; La taille moyenne des villages tombe de 150-200 à 60 habitants. D’une manière globale, la perte démographique est de 60% (pour environ 50% en Alsace, 30 à 40% en Champagne, orientale surtout). Mais la chute est inégale : relativement moyenne vers le sud (office d’ Arches : 42% ) considérable au nord et au nord-est (office de Bitche 80% ; office de Sierck : 87%).

La population de Nancy est tombée de 16 000 à environ 5 000 en 1656. Metz moins fortement atteinte a 15 000 habitants en 1637, mais décline encore dans les années suivantes dans une proportion mal connue.

Le repeuplement

Malgré de grandes difficultés, la restauration économique et démographique est tentée à partir de 1660 environ. Elle est le fait aussi bien du duc Charles IV, revenu à la tête de ses états de 1661 à 1670, que du roi de France, soucieux de remettre en état un pays dont il compte devenir définitivement le maître.

Parmi les mesures, destinées à relancer les activités de sa capitale, Charles IV apporte un large soutien aux manufactures : draps à la façon d’Angleterre création en 1664), soieries etc. Les artisans, qui s’installeraient dans la ville, bénéficieraient de la dispense du droit de bourgeoisie (c’est à dire d’entrée dans la ville), des impôts pendant six ans, du logement des militaires, et même du chef-d’œuvre habituellement requis (1665-1668). Celui qui restaurerait une maison ruinée ou en construirait une nouvelle serait dispensé des charges fiscales sa vie durant. Par ailleurs deux nouveaux marchés sont ouverts dans la Ville-Vieille. Ces mesures portent effet, mais Nancy ne retrouve pas sa population antérieure (elle ne dépasse que de peu 10 000 habitants).

L’économie rurale a été totalement désorganisée : terres retournées en friches ou en forêts ; confusions des parcelles, des soles et des bans ; endettement des particuliers et des communautés d’habitants ; désertion de certains villages ; seigneuries tombées en déshérence, etc. Charles IV exige une déclaration des biens vacants avec procès-verbal des témoignages des plus anciens habitants (1664).

Louis XIV légifère entre 1671 et 1698 par l’intermédiaire du Parlement de Metz et entame une politique de remembrement c’est-à-dire de remise à l’état ancien des droits et propriétés : c’est le cas à Eblange (1683),à Filstroff (1692), Boulay (1696), etc. On s’efforce donc de rétablir les structures traditionnelles. Déjà il a été fait appel à l’immigration. Dés 1663 on note la présence de colons originaires de Picardie et du Vermandois, en particulier autour de Dieuze et Lorquin. L’intendant français Marc-Antoine Turgot évoque en 1697 l’exemption fiscale de douze années « ce qui attira de nombreux Picards du Laonnais, du Soissonnais et du Valois, lesquels étant laborieux se sont retirés en ces pays-ci où ils forment des commencements de villages et agrandissent leurs bans dans les bois par défrichements ».

Incontestablement le redressement démographique est sérieusement amorcé au cours du dernier tiers du XVII° siècle : pour 18 villages de l’office de Bitche, 114 conduits (ou feux) en 1677 et 215 en1700.

(Extraits du texte de Guy CABOURDIN du 03 Mars 2000 )


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