Quelques personnages qui ont marqué l’histoire

dimanche 14 mars 2010
par jeanpaul
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 La Famille DE VILLE

Pierre tombale d’Antoine De Ville ,sans doute le père du suivant, scellée dans l’église de Domjulien (Vosges)

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photo jp Gury

ci gist noble hom(m)e Antoine de Ville seigneur de Don julien

qui trepassast l’an de grace M. CCCC et XXVI. Le Darier [nostre S. jour du moy

de janvier. Pries Dieu pour luy

Clef de voûte de l’église de Domjulien où l’on retrouve les armes d’Antoine De Ville gravées sur sa pierre tombale : Croix de Gueule sur fond d’Or.
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Photo jpGury
D’or à la croix de gueules.

Ce sont les armes des seigneurs du lieu, et du nom De Ville. Cette maison, d’ancienne chevalerie, s’est éteinte vers le milieu du XVII° siècle, pendant les guerres du duc Charles IV. Elle jouissait d’une grande considération, puisque les ducs donnaient aux membres de cette famille le titre de cousins.

Note de Monsieur François Meyer des cercles lorrains de généalogie

Quelques notes sur Collignon et Antoine DEVILLE

Extrait des mémoires de la société d’archéologie Lorraine de 1859

Collignon de Ville qui, suivant la Chronique, « bon Lorrain estoit », se trouva â la prise de Bayon sur les Bourguignons et, plus tard, fut chargé de garder Vaudémont. avec le maître d’hôtel Charlot lorsque Chiffron, ou plutôt Suffren de Baschi, en compagnie de Gérard d’Avillers, des enfants de Tantonville et d’Aigremont, tenta de pénétrer dans Nancy pour porter aux assiégés des nouvelles du duc de Lorraine. Collignon remplissait les fonctions de bailli de Vosges. Le chroniqueur qui nous a conservé ces détails, ne parle pas d’Antoine de Ville, de la même famille que le précédent, et qui joua pourtant un certain rôle dans la guerre contre le duc de Bourgogne. L’auteur de la Déc1aratîon du fait de la bataille de Nancy a été moins oublieux : il nous apprend qu’à cette mémorable journée, le seigneur de Domjulien était à l’avant garde de I’armée confédérée portant le guidon de damas blanc représentant un bras d’or armé d’une épée et « issant d’une nue », avec la légende :

Une pour toutes.

Antoine de Ville, chevalier, conseiller et chambellan du duc, était seigneur de Domjulien et avait épousé Claude de Beauvau. La dot de sa femme lui servit à prêter à René une somme de 2,000 francs, pour laquelle, par lettres du 29 janvier 1476, ce prince leur assigna une rente de 20O francs sur la garde de Toul. Peu après. celui-ci lui vendait la portion de la terre de Grand qui dépendait du duché de Lorraine. Après la victoire, René, « ayant regard aux grands, curieux, notables et agréables services » qu ’Antoine de Ville lui avait rendus pendant ses guerres, lui donna les terres et seigneuries de Longuet et Saint-Nabord près Remiremont, confisquées sur leurs précédents possesseurs pour avoir adhéré au parti du duc de Bourgogne. Le prince confirma cette donation par lettres patentes du 16 janvier 1484. Le successeur de RenéII n’oublia pas les services qu’Antoine avait faits à son prédécesseur ; il l’attacha â sa personne comme conseiller et écuyer d’écurie et lui conféra, le 18 août 1510, l’office de capitaine des ville et château d’Epinal (1) , vacant par le décès de Charles d’Haraucourt. Antoine Deville joignait à son titre de seigneur de Domjulien, celui de duc de St Ange au royaume de Naples (2)

I Un habitant de cette vi1le possède un petit tableau peint sur bois où est représenté, à mi-corps, un personnage coiffé d’une toque ornée d ’un médaillon dans lequel est peinte une image qu’on peut à peine distinguer. Le personnage a un manteau jeté sur une sorte de tunique ; sa main droite, la seule. visible, tient le pommeau d’une arme ou un baton de commandement. Au dos du tableau se lit l’inscription suivante en caractères gothiques :

Icy est pourtraict au vif Messire Anthoine de Ville ansy Qu’il estoit quand il retourna de Sainct voiage de Jerusalem que Fut le huictime jour de décembre L’an de nostre Seigneur 1507 pries Dieu pour luy

2 Généalogie de la maison du Chatelet, p 156. C’est à lui que s’adresse ces vers de la Nancîde :

Tum Domnojulius iisdem Affuit : accipitrum oblitus, quos ipse domando Principibus percharus erat, nec inutilis armis.

 Antoine de Ville et la conquête du Mont Inaccessible

Jean-Louis Rivail

Antoine de Ville, seigneur de Domjulien et de Beaupré, duc de Monte Sant’Angelo, qui n’est pas totalement inconnu en Lorraine, en particulier grâce à Pierre de Blarru qui en fait mention dans son poème Nanceidos et à Dom Calmet qui lui a consacré quelques lignes dans son Histoire de la Lorraine, est certainement plus célèbre dans les milieux de l’alpinisme que dans sa terre natale (1) (2).

Dans son intéressante communication du 4 mars 1988 intitulée : « Un condottiere lorrain au service de la France, Antoine de Domjulien, duc de Monte Sant’Angelo » (3), A. Beau a rassemblé les éléments biographiques disponibles sur ce seigneur vosgien au courage exemplaire et à l’intrépidité sans faille. Sa vie fut en effet marquée par des hauts faits d’armes.

Le premier, en 1477, fut sa participation, en qualité de porte guidon (étendard), à la bataille de Nancy, qui lui valut de la part de René II une marque expresse de gratitude sous la forme du don des terres de Saint Nabord et de Longuet.

Les derniers, mais non les moindres, se situent dans le cadre des guerres d’Italie, à la tête de 1200 arbalétriers à cheval. Le 17 novembre 1495 il accompagne, aux côtés de Montpensier et de Clèves, le roi Charles VIII lors de son entrée solennelle dans Florence. Auparavant, pour le remercier de ses valeureux services, le roi avait érigé, en sa faveur, la seigneurie de Monte Sant’Angelo en duché, avec un revenu annuel de douze cents ducats. Selon toute vraisemblance, il connut une mort glorieuse dans sa forteresse, au début de 1497, probablement les armes à la main. Entre ces deux épisodes, se situe un événement beaucoup plus pacifique sur lequel nous aimerions revenir plus en détail : l’ascension du « Mont Inaccessible ».

En 1479, Antoine de Ville quitte le service du Duc de Lorraine pour celui du Roi de France, en qualité de conseiller et de chambellan, puis de capitaine du château de Montélimar et de Saou (près de Crest). Cette mission en Dauphiné est-elle un fait du hasard ou d’une tradition familiale ? La question est posée car il existe des documents qui attestent de la présence en Dauphiné d’un certain Pons de Ville, qui prête hommage au Dauphin en 1446, ainsi que d’un Guillaume de Ville, mentionné comme témoin en 1452, sans qu’on n’ait de preuve de quelconques liens de parenté avec notre héros. Domjulien ne tarde pas à donner la preuve de son énergie en ramenant à la compréhension, par une amende de 50 écus d’or et l’exigence d’excuses publiques, les habitants de la Palud, dans le Comtat-Venaissin, qui avaient refusé de loger ses troupes.

A l’automne 1490, Charles VIII, qui séjournait alors à Lyon, décide d’entreprendre un pèlerinage à Embrun. Le choix du lieu peut surprendre « mais la dévotion que l’on avoit en ce temps-ci pour N. Dame d’Ambrun n’étoit pas un zele aveugle. Dieu y faisait châque jour tant de merveilles par l’intersession de sa sacrée Mère, que le Roi s’y voüa dans une grande maladie. Aïant recouvré sa santé, il y vint rendre son vœu en personne » (4). Par ailleurs on sait que son père Louis XI qui, pendant sa jeunesse turbulente avait été prié de s’éloigner de la cour et d’aller s’occuper de près de sa province du Dauphiné, séjourna à Embrun et portait une dévotion toute particulière à N.D. d’Embrun, à laquelle il fit plusieurs donations.

Tout porte à penser qu’Antoine de Ville faisait partie de l’escorte du roi au cours de ce voyage. Le 6 novembre le roi est à Grenoble et deux jours plus tard des documents attestent de sa présence à Embrun. C’est au cours de ce voyage qu’il découvre le « Mons Inaccessibilis », vraisemblablement le 7 novembre, et c’est probablement à cette occasion qu’il confie à Antoine de Ville la mission d’essayer de le gravir. On ne sait rien de l’itinéraire suivi, mais pour couvrir les 140 kms de routes de montagne en deux jours, il est vraisemblable que ce soit le chemin le plus direct qui ait été suivi. Il emprunte la rive droite du Drac, par N.D. de Commiers, la Mure et Gap. Cet itinéraire offre une vue superbe sur la chaîne du Vercors et, entre Monteynard et la Motte d’Aveillans, ce mont dit inaccessible et qu’à la suite d’Antoine de Ville on nomme maintenant le Mont Aiguille apparaît en majesté sur l’horizon, comme une tour de 350 mètres de haut qui se dresse, superbe, au sommet d’un cône d’éboulis.

Il est fort probable que Charles VIII connaissait l’existence de cette montagne et on peut même imaginer qu’il avait hâte de la voir. Son père ne pouvait pas ne pas l’avoir observée au cours de ses déplacements dans le Haut Dauphiné. On a même écrit qu’il aimait à chasser l’ours et le sanglier en compagnie du seigneur de Ruthière, village situé au pied du Mont Aiguille. Mais on peut s’interroger sur les raisons qui ont conduit Charles VIII à commanditer cette ascension. L’hypothèse la plus souvent envisagée est celle d’un désir orgueilleux d’un souverain de 20 ans, connu pour son caractère fantasque et présomptueux.

Les préparatifs de l’expédition dureront 20 mois, ce qui n’a rien d’exagéré si l’on considère que la reconnaissance des lieux a probablement exigé plusieurs voyages depuis Montélimar et que celle-ci n’a pu se faire qu’aux beaux jours, c’est à dire essentiellement au cours de l’été 1491. Il n’est pas certain qu’il existait un chemin menant au pied de la falaise et le choix d’un itinéraire possible n’a sûrement pas été chose aisée, car les flancs de la montagne se présentent partout comme un mur vertical de calcaire urgonien dont la hauteur varie, selon les endroits entre 200 et 350 mètres. Au cours de ses explorations, Domjulien a sûrement entendu, s’il ne les connaissait déjà, les nombreuses histoires et légendes, toutes effroyables, qui entouraient cette montagne, supposée être la résidence de dieux, de déesses et de nymphes qui, pour préserver leur intimité, n’hésitaient pas à punir sévèrement les mortels trop curieux, comme le chasseur Ibicus qui fut changé en bouquetin et« condamné à errer jusqu’aux derniers siècles sur ces pentes fatales » ou ce pâtre qui périt, aveuglé par les éclairs déclenchés par la fureur des nymphes qu’il avait surprises (5). Il y avait donc un double obstacle à surmonter, à la fois physique et psychologique pour un homme proche de la cinquantaine (A. Beau, qui ne cite pas ses sources, le fait naître vers1445).

L’ascension eut lieu le 26 juin 1492. On sait qu’Antoine de Ville était accompagné de son laquais Guillaume Sauvage, de Sébastien de Carret (ou de Carrect), maître royal en théologie, prédicateur apostolique, de « l’escalleur » du Roi , du nom de Reynaud, de Cathelin Servet, maître tailleur de pierres de l’église Ste-Croix de Montélimar, de Pierre Arnaud, maître charpentier à Montélimar, de Jean Lobret, habitant de Die et de François de Bosco, son aumônier qui a cité ces noms dans son témoignage écrit. La présence de deux ecclésiastiques aux côtés de « gens de métier » a de quoi surprendre. Certes, on ne peut exclure que ces deux personnes étaient dotées d’un physique d’athlètes, mais une autre explication semble tout aussi plausible. Connaissant toutes les histoires horribles qui circulaient à propos de cette montagne, il n’est pas exclu qu’Antoine de Ville ait pensé qu’au cas où l’expédition viendrait à déranger quelque méchant démon, la présence de deux hommes de Dieu pourrait être d’une utilité certaine. Un bon chef doit penser à tout !

Il est également très probable que ce groupe était accompagné de plusieurs porteurs, peut-être des hommes d’armes placés sous le commandement de Domjulien . En effet, on imagine mal ces quelques personnes transportant le matériel d’escalade, sans doute important, avec ses « subtils engins » et ses échelles, ainsi que les vivres destinées au séjour sur le sommet. Car on sait qu’ils y restèrent plus d’une semaine. Dans une lettre au président du Parlement de Grenoble, écrite sur le sommet le 28 juin, Antoine de Ville déclare : « Quand je party du roy, il me chargea faire essayer se on pourroi monter en la montaigne que on disoit inascensibilis dont par de sobtils angins j’ay fait trouver la fasson de y monter »(6). Il indique qu’il a fait nommer la montagne Agulle Fort « au nom du Père,du Fils, du Saint Esprit et de Saint Charlemagne, pour l’amour du nom du Roi », selon le nom d’Agulle (c’est à dire Aiguille) donné par « le peuple du pays », qu’il y a fait dire une messe et mettre trois grandes croix. Il décrit sobrement le sommet comme constitué d’un beau pré dont il évalue assez justement les dimensions (un quart de lieue de long et un trait d’arbalète de large). Il dit y avoir trouvé une belle garenne de chamois avec des petits, dont un se tua à l’arrivée de l’expédition. Il se déclare décidé à rester sur le sommet jusqu’à ce que le président lui ait répondu quant à l’envoi de « quelques gens pour nous y voir … vous avysant que vous trouveres peu d’ommes que quant ilz nous voirront dessus et qu’ilz voirront tout le passage que j’ey fait faire et que y ousent venir, car s’cet le plus orrible et expovantable passage que je viz jamais ne homme de la compaignie ». Mais il conclut en disant que le sommet est « le plus beau lieu que vites jamays ». Dans son témoignage, écrit en latin, François de Bosco (6) confirme les dires de Domjulien. Il précise qu’arrivés au sommet, outre les messes, ils ont chanté le Te Deum laudamus et le Save Regina, et que la montagne « est terrible à voir et plus encore à y monter et à y descendre ». Il s’émerveille, lui aussi, de la beauté du lieu, des oiseaux et d’un « grand nombre de fleurs dans ledit pré, paré de diverses couleurs et d’où émanent divers parfums. On y trouve également des lys ou fleurs de lys ». Ce témoignage n’a rien d’exagéré. A cette époque de l’année (le 26 juin du calendrier julien en usage à l’époque correspond au 7 juillet du calendrier grégorien), la prairie sommitale est un tapis de fleurs, en particulier de lys martagons et de lys de St Bruno. Plus tôt dans la saison ils y auraient probablement trouvé une tulipe jaune très rare (Tulipa australis) et une orchidée, le sabot de Vénus. Bosco déclare enfin : « Et le premier jour de juillet de ladite année, n. Barrachin Silvon , habitant près de la montagne, accompagné de son fils Claude, et du seigneur François son frère, curé de Saint-Martin ont apporté audit seigneur, sur ladite montagne, un grand nombre de lapins domestiques, blancs, noirs et gris, qui, immédiatement, en présence de tout le monde se sont mis à brouter les herbes ». Et c’est un fait que Domjulien et ses compagnons ont reçu de nombreuses visites. On en connaît avec certitude deux autres : celle du châtelain de Clelles : Guigues (ou Clive) de la Tour, accompagné de C. Derlans et peut-être d’un troisième compagnon (F. de Colaus), également le premier juillet, et celle du Capitaine Pierre Lyotard, des nobles Pierre Blecet, Gaspard Robert, Gonet- Boniot, du Seigneur Raymond de Colloet, capitaine, du Seigneur Jacques Joubert, de Pierre Espié, du village de Roissard, et de Claude Chevalier, des Portes. Cela prouve que l’expédition était connue dans la région, qu’elle a dû être suivie des yeux par les habitants des villages voisins et que son succès y a probablement fait grand bruit. Quant à l’huissier envoyé par le parlement de Grenoble, Yves Lévy ; qui ne devait plus être de première jeunesse puisqu’il occupait sa charge depuis 31 ans après avoir été préalablement notaire au Châtelet de Paris ; il rendit compte de sa mission le 5 juillet. Il « exposa qu’il s’était rendu au lieu où est situé ledit mont et au pied de ce mont, c’est-à-dire où commence le rocher, où il trouva des échelles apposées contre, au moyen desquelles commence la montée. Et bien que ledit huissier eût vu au sommet du Mont-Aiguille Domjulien et beaucoup d’autres avec lui, cependant, en raison de la longueur de la montée, il ne voulut pas le gravir, par crainte de la mort, vu le danger qui le menaçait et la quasi impossibilité d’y parvenir. Il lui sembla que c’eût été tenter Dieu, attendu qu’au seul aspect de la montagne, l’âme de chacun est pénétrée d’effroi. Il vit pourtant Domjulien et tous les autres qui l’appelaient pour qu’il y montât, ce qu’il ne voulut faire ». A l’appui de son récit selon lequel de nombreuses personnes auraient gravi la montagne à la suite de Domjulien, il annexa le témoignage de Guigues de la Tour.

L’itinéraire suivi par Antoine de Ville et ses compagnons est inconnu. Toutes les recherches pour retrouver des traces des installations se sont révélées vaines, ce qui est compréhensible car la paroi de la montagne est sujette à de nombreux éboulements. Il est donc licite de penser qu’il pouvait exister, à l’époque, une voie d’accès peut-être un peu moins aérienne que celles que nous connaissons aujourd’hui, ce qui pourrait expliquer le fait que des chamois aient pu escalader la montagne. Si l’on fait, au contraire, l’hypothèse que les éboulements n’ont pas modifié notablement la verticalité des parois, l’itinéraire le plus probable serait celui dit des « tubulaires », comportant des cheminées, dans lesquelles il serait assez aisé d’installer des échelles, et qui est utilisé de nos jours comme itinéraire de descente en rappel.

En ce qui concerne le coût de l’expédition, on trouve, au dos du certificat de l’huissier Lévy, deux indications intéressantes, l’une qui a été interprétée par G. Letonnelier (6) comme représentant le total de ce qui a été versé, à savoir 1533 livres, 8 sous, 5 deniers et 1tiers, ce qui ferait environ 13000 euros, et une autre s’élevant à 575 livres, 19 sous et 6 deniers, qui serait ce qu’Antoine de Ville aurait reçu, le solde allant probablement à ses compagnons. Ces sommes n’ont rien de considérable si elles sont destinées à rembourser les frais engagés et récompenser le vainqueur et ses compagnons, mais l’attention a été attirée sur un détail de la lettre au Parlement de Grenoble, repris par François de Bosco dans son témoignage, qui fait état d’une longueur d’échelles d’une demie-lieue, ce qui représente environ 2000 mètres. C’est beaucoup pour gravir une falaise qui fait, au plus, 350 mètres de haut ! On est donc tenté de faire l’hypothèse, à la suite de M. Renaudie (7), qu’Antoine de Ville aurait, par ailleurs, présenté au roi une note de frais quelque peu « gonflée », pratique qui aurait, déjà à l’époque, été en usage. L’exploit n’est pas passé inaperçu, si l’on en juge par les mentions qui en sont faites dans de nombreux écrits de l’époque. Et si les récits des vainqueurs et de ceux qui leur ont rendu visite sont d’une grande sobriété, ceux de leurs épigones sont nettement plus fantaisistes. On a ainsi parlé d’un bouquetin aux cornes d’or trouvé sur le sommet. Rabelais a lui aussi été frappé par l’évènement et en fait mention dans son Pantagruel (8), dans un texte malheureusement truffé d’erreurs : il donne à la montagne la forme d’un « potiron », c’est à dire d’un champignon dans le parler de Touraine, se fiant en cela à des gravures de l’époque qui la représentent plus large à son sommet qu’à sa base, et en attribue l’ascension à Doyac, artilleur au service de Charles VIII, ce qui la situerait en 1494. L’ennui est que ce texte célèbre a jeté le discrédit sur tout ce qui a été écrit à l’époque sur le sujet, alors que l’on ne voit aucune raison de rejeter en bloc le texte de Symphorien Champier (9), daté de 1525, dans lequel on trouve cette citation : « Quant à la tierce singularité du Daulphiné, laquelle du temps du dict roy Loys unziesme, estait vraye singularité, c’est la montaigne inascensible, là où jamais homme n’avoit de ce temps monté, laquelle fust faicte ascensible du temps du bon roy Charles VIII. Car on voyaige premier dudict roy Charles de Naples, ung Lorrain, dict le capitayne don Julien, lequel toute sa vie avait esté ingenieulx et aussi alchimiste là où l’on ne acquer pas grant richesses comme est de coustume, car de air et de fumée on ne peult faire or ny argent. Le dict don Julien par son engin et subtilité fist faire engins et crochetz lesquels on boutoit dedans les roches, et tant fist qu’il monta dessus le montaigne, et après aulcuns des plus hardis montèrent après luy ». Si l’on met de côté les talents d’alchimiste de notre héros, qui restent à établir, il ne fait pas de doute que le souvenir de l’exploit et de celui qui l’a accompli était encore bien vivant trente trois ans après. Il en est de même du témoignage d’Aymar du Rivail, postérieur à 1535 qui, dans son De Allobrogibus (10) cite « le Mont-Inaccessible, montagne carrée et très élevée, ainsi appelée parce que, disait on, personne ne peut l’escalader. Cependant un chevalier lorrain, nommé Julien, en se rendant à Naples avec le roi Charles VIII, parvint, à force d’adresse, au sommet de cette montagne, et aujourd’hui on y monte fréquemment ». Si cet auteur confond, comme tous ses contemporains, le pèlerinage à Embrun avec l’expédition napolitaine, il ne se trompe pas sur l’identité du vainqueur. Quant à son affirmation qu’on gravit encore la montagne, elle mérite d’être considérée. Son traducteur fait remarquer que, contrairement à sa tendance habituelle, l’auteur banalise la merveille, ce qui tendrait à prouver qu’il s’appuie sur des faits réels. Il n’est donc pas impossible que les échelles soient restées en place et qu’elles aient résisté aux intempéries pendant quelques lustres, surtout si l’auteur a fait mention ici d’une information qui lui aurait été communiquée quelques années avant qu’il écrive ce texte.

L’expédition d’Antoine de Ville a donc manifestement frappé les esprits de ses contemporains et, loin de faire disparaître le mythe du Mont Inaccessible, il se pourrait même qu’elle l’ait servi. Tout d’abord, même si, comme l’affirme Aymar du Rivail, il a été possible de le gravir pendant quelques années après la première, on a pendant longtemps renoncé à l’escalader puisque la seconde expédition victorieuse n’a eu lieu qu’en 1834, et cette fois par un enfant du pays, Jean Liotard, à une époque où l’alpinisme commençait à être prisé. Entre temps, il est même possible que l’exploit ait fini par être oublié. Dans un ouvrage sur les sept« miracles » (merveilles) du Dauphiné, offert en 1701 à Louis XIV par le jésuite grenoblois Ménestrier, le Mont Aiguille est comparé au règne glorieux du Roi Soleil et la montagne est encore représentée comme une pyramide renversée avec cette devise : « Supereminet Invius ». Ce n’est que deux ans plus tard que l’Académie des Sciences dut corriger cette erreur et préciser : « que cette montagne prétendue inaccessible qui est à 8 ou 9 lieues de Grenoble au midi, n’est qu’un rocher escarpé planté sur le haut d’une montagne ordinaire, et que même ce rocher n’a nulle figure de pyramide renversée » (11). Cette un peu trop vigoureuse démystification ne fait aucune mention de l’expédition de 1492, et ce, malgré Salvaing de Boissieu (12) qui, en 1656, l’avait rappelée dans un ouvrage consacré aux sept merveilles du Dauphiné, dont le Mont Aiguille fait partie, et après lui, Nicolas Chorier (13). Le mythe ne périra pas pour autant et, à la fin du 18e siècle, Restif de la Bretonne, dans sa Découverte australe, choisit le Mont Aiguille « connu comme site géographique exceptionnel et comme réservoir de légendes » (14) pour être cette île inaccessible où se réfugie son héros. Ce 26 juin 1492, alors que Christophe Colomb se préparait pour son expédition vers le nouveau monde, doit-il être considéré comme la date de naissance de l’alpinisme ? Certains le contestent en rappelant qu’avant Antoine de Ville, d’autres avaient atteint des sommets plus hauts que le Mont Aiguille, qui culmine à 2087 mètres. On peut citer Gervais de Tilbury, qui gravit, en 1211, le Grand Veymont, point culminant du Vercors (2341 m), et ce, justement pour essayer d’observer le sommet du Mont Inaccessible voisin, ou Pétrarque, gravissant le Ventoux le 26 avril 1336, ou mieux, B. Rotario montant au sommet de Rochemelon, à 3538 mètres, en 1358. Mais dans tous ces cas, « il ne s’agit que de tourisme pédestre sans la moindre escalade digne de ce nom » (15). D’autres font débuter l’histoire de l’alpinisme avec l’ascension du Mont Blanc arguant du fait qu’Antoine de Ville était en service commandé et qu’il s’agissait d’alpinisme obligatoire, ce qui lui ôterait tout caractère sportif. Mais M. Reynaudie fait très justement remarquer que dans sa lettre au Parlement de Grenoble, Antoine de Ville emploie des termes qui correspondent plutôt à un souhait du souverain qu’à un ordre, et que même si cela était, l’exploit n’en serait pas moins grand. De fait, la majorité des spécialistes partagent le point de vue de Coolidge (1) pour dire que la première ascension du Mont Aiguille est le véritable point de départ de l’alpinisme moderne. C’est en particulier l’avis, autorisé entre tous, du Club Alpin Français qui, en 1933, a apposé sur la paroi de la montagne une plaque de bronze, portant une nscription latine qui se traduit ainsi : « En MCDXCII, Antoine de Ville, capitaine de Montélimar, inaugura l’alpinisme moderne en faisant, avec sept compagnons, sur l’ordre du roi Charles VIII, la première ascension de cette montagne alors dite inaccessible ». Il fallait, pour cela, un homme audacieux, courageux et ingénieux. Celui-ci vit le jour loin des hautes montagnes des Alpes, dans la Vôge profonde, mais ceci n’est pas fait pour étonner le Lyonnais Symphorien Champier, qui, pour avoir été en Lorraine médecin du duc Antoine, a quelque autorité pour se prononcer et qui écrit, à propos de cet exploit (16) : « ne se fault esbahyr si don Julien Lorrain trouvoit moyen de ce fayre, car entre toutes les nations que l’on sache, n’y a gens si ingénieux que Lorreins ». JPEG - 71.1 ko Le mont Aiguille (Vercors)

 LES GRANDES HEURES DE L’ALPINISME (2)

Pendant longtemps, les hommes ne vinrent vers la montagne que poussés par la nécessité ou par la crainte mais un jour naquit en eux le désir de connaître ses déserts de glace et de rochers. L’alpinisme, comme tous les grands courants des activités humaines, est très incertain quant à ses origines. Les Alpes sont familières aux Anciens. Les Romains les traversent plusieurs fois, Annibal y fait passer son armée, mais les Anciens ne gravissent point les montagnes Un millénaire s’écoule et le Moyen Age. L’éclair ne jaillit pas en revanche, 1492 nous apporte un fait indiscutablement nouveau : l’ascension du mont Aiguille (2 097 m), dans le Dauphiné. L’escalade de cette muraille abrupte et vertigineuse fut réalisée par Antoine de Ville, seigneur de Domjulien, sur l’ordre de son roi Charles VIII.

 Bibliographie

1. W.A.B. Coolidge, Josias Simler et les origines de l’alpinisme jusqu’en 1600. Grenoble, Allier, 1904.

2. R. Frison-Roche et S. Jouty, Histoire de l’alpinisme. Paris, Arthaud , 1996.

3. A. Beau, Un condottiere lorrain au service de la France, Antoine de Domjulien, duc de Monte Sant’Angelo, Mémoires de l’Académie de Stanislas, 8e série, T. II, 1987-88, p. 201

4. N. Chorier, Histoire générale de Dauphiné, Lyon , J. Thioly, 1672, p. 493

5. G. Donnet, Le Dauphiné, Paris, L.H. May, s.d. (1898 ?), p. 181

6. G. Letonnelier, Nouvelles recherches sur Antoine de Ville et la première ascension du Mont Aiguille, Annuaire de la Société des Touristes Dauphinois, 1928/38, pp. 121-151. Cette étude, très documentée, contient la transcription (et la traduction lorsqu’il s’agit de textes écrits en latin) de tous les documents officiels de l’époque sur l’ascension, ainsi que de nombreux commentaires.

7. M. Renaudie, Le Mont Aiguille en Dauphiné, Paris, La Pensée Universelle, 1976, p. 33.

8. Rabelais, Œuvres complètes, Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 1955, p. 694.

9. S. Champier, Les gestes, ensemble de la vie du preulx chevalier Bayard, Lyon, G. de Villiers, 1525, réédition, Paris, Payot (Nouvelle bibliothèque bleue), 1918, p. 33

10. A. du Rivail, De Allobrogibus, Vienne, J. Girard, 1844 , p.119 (Publié d’après le manuscrit par A. de Terrebasse). Une traduction du livre 1 par A. Macé est parue sous le titre Description du Dauphiné, Grenoble, Ch. Vellot, 1852. Le texte cité est conforme à cette traduction, p.182. Il semble moins fort que l’original où l’on lit, à propos de l’expédition : « sed hunc montem Julianus miles Lotharingus, dum Neapolim cum Carolo octavo rege proficisceretur, ingenioso ascensu violavit »).

11. Cité par C. Villata et Ph. Bonheme, Citadelle du rêve, le Mont Aiguille, St Vincent de Mercuze, Recto, 1992, p. 35.

12. D. Salvaing de Boissieu, Septem Miracula Delphinatus, Grenoble, 1656.

13. N. Chorier, op. cit. p. 495

14. J. Sgard, L’homme volant de Retif, Recherches et Travaux, Université de Grenoble, UER de Lettres, n° 24, 1983, p. 55.

15. M. Renaudie, op. cit., p. 21.

16. S. Champier, op. cit. p. 34

Ouvrages généraux

 :

A l’occasion du 5e centenaire de l’ascension, de nombreux ouvrages ont été consacrés au sujet. Nous citerons celui de Marcel Renaudie (ref .7), qui a la mérite de l’antériorité et celui de Catherine Villata et Philippe Bonheme (ref. 11) bien illustré. Enfin le Club Alpin Français a, en 1991, consacré à l’ascension du Mont Aiguille un numéro spécial (n° 4) de sa revue La Montagne, fort bien documenté et illustré.

(2)

Extrait de « Les grandes heures de l’alpinisme » par jean Franco,

Extrait du chapitre « L’homme et la conquête de la montagne »,Librairie Larousse

 Notes sur les seigneurs de Domjulien

Page tirée du site : http://haton.org

Les Haton, Hatton célèbres

• Haton, né vers 760. Nommé par Charlemagne en l’an 800 évêque de Reichenau (île allemande du lac de Constance, foyer d’érudition à l’époque carolingienne. Sa tombe se trouve dans l’une des deux églises de l’île. La pierre tombale mentionne : Aeton (Haton en latin), avec une inscription en bas : Carlos Magnus (Charlemagne).

• Hatton, né vers 800, décédé en 870. 29e évêque de Verdun (55) qui a siégé de 847 à 870. De famille illustre, (vraisemblablement la même que ci-dessus), il suivit la Cour de l’Empereur Lothaire 1er (petit-fils de Charlemagne) et s’y concilia l’estime et l’affection de Lothaire II son fils. Il se retira néanmoins au monastère de St Germain. Ce prélat fut pourvu de l’évêché de Verdun en 847. Il enrichit son Église en donnant aux évêques ses successeurs une partie du Comté de la Voivre de son patrimoine. Il fit bâtir une forteresse sur une haute colline à 6 lieues de Verdun et à 3 lieues de St Mihiel et l’appela de son nom : Hattonchâtel. Il fit rebâtir une église et y mis un bras de St Maur, l’un de ses prédécesseurs (2e évêque de Verdun). Le village d’ Hattonville à été construit à la base de l’éperon fortifié d’ Hattonchâtel pour y loger les employés du château. Hatton était connu pour sa charité envers les pauvres. Par testament, il donna cette terre aux évêques ses successeurs qui en jouirent jusqu’au 16e siècle. La terre et les 22 villages qui en dépendaient furent dénombrés de cet évêché. Le corps de l’évêque Hatton fut enterré à St Vannes, proche de celui de Hiduin son prédécesseur et transféré depuis dans un autre lieu de ce monastère, le 7 mai avec celui du même Hiduin. (extrait de « Histoire ecclésiastique et civile de Verdun » de l’historien N. Roussel) N’oublions pas que, pour l’Église catholique, le célibat des prêtres, bien que déjà prévu à partir du Ve siècle, ne fut véritablement imposé au Clergé qu’en 952 après le concile d’Augsbourg. Le pape de l’époque Adrien II (867-72) était marié. Le mariage devint interdit mais pas la procréation. Les hommes d’église avaient donc une descendance.

• Hatton Dominique, Seigneur de Domjulien, né vers 1520, demeurant à Rambervillers(88), conseiller apostolique et privé de Charles III, duc de Lorraine, agent ducal en Cour de Rome et secrétaire de Charles de Lorraine, évêque de Metz, auditeur de la chambre des comptes de Lorraine, anobli le 14/12/1584

• Hatton Richier, Frère du ci-dessus, demeurant à Rambervillers (88), canonnier à l’arsenal de l’artillerie du duc de Lorraine à Nancy (54), anobli le 14/12/1584.

• Hatton Charles, né vers 1570, anobli par le duc de Lorraine

• Hatton Claude, chanoine de Toul (54), anobli par le duc de Lorraine Hatton Didier, de Rambervillers (88), anobli par le duc de Lorraine

• Hatton Guy (88), anobli par le duc de Lorraine

 Domjulien était également le village natal de la famille Perrin

Le premier anoblissement de cette famille remonte à 1515 (Nobiliaire de Dom Pelletier).

Em Nicolas Perrin de Domjulien fut anoblit le 1° septembre 1620 (page 624 de Dom Pelletier)

C’était un savant médecin, botaniste qui a vécu à Nancy pendant le règne du Duc Charles IV.

D’après Charles Guyot de la Société d’Archéologie Lorraine,extrait de la Bibliothèque Nationale


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